
Samedi 24 octobre, j’ai reçu Abraham Babayan, maire d’Ararat, une ville arménienne située à une cinquantaine de kilomètres d’Erevan, capitale d’un pays avec lequel la France entretient des relations privilégiées depuis de nombreuses années.
La France et Bussy car localement plusieurs familles d'origine arménienne se sont investies pour faciliter un rapprochement entre notre commune et l'Arménie. Un travail de dialogue entre les peuples qui ne nous a pas laissé insensibles car la municipalité y voyait un prolongement en Seine-et-Marne des liens plongeant leurs racines dans l’histoire et la présence en France de près de 500 000 personnes d’origine arménienne. Nul n'ignore qu'au lendemain du génocide perpétré par les Turcs, la France s'est de suite voulue une terre d'accueil pour les Arméniens. N'est-ce pas, de manière symbolique, un navire français - le Guichen - qui sauva le bastion de résistance du Moussa Dagh, ce bastion d’insurgés arméniens luttant courageusement contre les Turcs ? Un épisode relaté par Paolo Cossi dans Medz Yeghern, Le Grand mal (Dargaud). Ce dessinateur italien use de dessins en noir et blanc parfois dépassées par des images d'archives revisitées, pour dire le génocide à travers les points de vue différents d'un soldat allemand, Armin T. Wegner, d'un jeune homme courageux rejoignant le Moussa Dagh et enfin Sogoman Tehlirian qui assassina en 1921 à Berlin Mehmet Talaat Pacha, ministre de l'Intérieur de l'Empire ottoman de 1913 à 1917 et Grand Vizir de 1917 à 1918.
La reconnaissance du génocide par notre assemblée nationale par la loi du 29 janvier 2001 – et je sais tout ce que nous devons sur ce point à Patrick Devedjian - a du reste été accueillie comme un témoignage de solidarité de la France envers le peuple arménien, surtout dans la diaspora. Je me sentais à mon tour dépositaire de cette longue amitié entre la France et l'Arménie lorsque j'ai répondu au mois d'août favorablement à l'invitation du gouvernement arménien. L'occasion de découvrir Erevan, la capitale, dont le maire récemment élu, Gagik Beglarian, m'a étonné par sa volonté d'améliorer les conditions de vie de ses concitoyens. De prier à Edjmiatzin, définitivement siège suprême de l'Eglise arménienne depuis le XVème siècle. Selon la légende, Grégoire l'Illuminateur, grâce à qui l'Arménie se targue d'être l'un des plus anciens Etats chrétiens au monde, aurait vu en rêve le Christ descendre du ciel un marteau de feu à la main, pour lui indiquer le lieu où devait être élevée la cathédrale, d'où son nom d'Edjmiatzin, "le Fils unique descendit" (Idjav Miatzine). Je garde un souvenir ému de Garni, avec son temple datant du Ier ou du IIIème siècle, belle construction néo-hellénistique surgissant sur un éperon rocheux à 1400 mètres d'altitude. Que de poésie alors que nous roulions vers le monastère de Khor Virap, au milieu d'une campagne rayonnante, sous un soleil de plomb, avec au fond le mont Ararat, montagne sacrée des Arméniens. Ararat, du même nom que cette ville qui lui est si proche et que je visitais ; haut-plateau qui ne ferait qu'un avec celui que la Genèse décrit comme l'endroit où l'Arche de Noé atteignit la terre ferme après le Déluge. Le nom du royaume d'Ararat réapparaît du reste en Rois 19,37, en Isaïe 37,38 et Jérémie 51,27.
Quelle est cette forme étrange enfermée en son sein, repérée pour la première fois en 1949 au cours d'une mission aérienne de reconnaissance de l'US Air Force ? Noé sortirait-il du texte biblique pour rentrer dans l'Histoire ? D'Ararat, je garde à l'esprit cette belle confluence de la foi et de la réalité pour ne pas à mon tour accueillir avec joie mon collègue. Monsieur Babayan s'est arrêté un temps très court à Bussy. Assez pour que nous envisagions un échange de jeunes et recherchions une inscription commune dans les programmes bilatéraux entre la France et l'Arménie, soutenus souvent par des fonds de la Communauté Européenne. Je ne sais si nous y parviendrons dans un contexte où les pouvoir publics manquent cruellement d'argent mais j'y mets un espoir semblable à cette flamme éternelle du mémorial du Génocide, foyer incandescent devant lequel je me suis recueilli.
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