Le don des aînés ?
Par Hugues Rondeau, lundi 1 mars 2010 à 10:10 :: Billet du jour :: permalien #708
Je poursuis sur la thématique que j’ai développée précédemment – particulièrement inspiré par l’accident que j’ai vécu et qui me prive d’une grande partie de mes facultés physiques – en usant du titre du bulletin de l’AIM (Alliance Inter-Monastères).
Dans son numéro 96, cette modeste revue, à laquelle je suis abonné depuis de nombreuses années, tente de poser la question des personnes âgées et de leur présence au sein des communautés religieuses et incidemment dans les sociétés qui sont les nôtres. Pour la première fois depuis longtemps, sans doute parce que j’étais au service orthopédique de Lagny entouré de gens beaucoup plus âgés que moi, je me suis posé des questions sur l'insupportable atteinte des ans et ma capacité à l'accepter comme non un malheur mais un don. A Bussy, il y a peu d’aînés. Ils ont un club, bien évidemment, et je les retrouve à chaque occasion que nous leur destinons et notamment lors du déjeuner annuel. Nous parlons peu. Mes propres grands-parents sont décédés. Des personnes âgées, je n'ai de facto qu'une vision respectueuse mais furtive. Or se briser la cheville revient aussi à s’interroger sur les effets progressifs du vieillissement dans notre propre vie. Se sentir démuni m’amène à me demander si nous nous sentons parfois vieux, quel que soit notre âge chronologique, tout simplement parce que nous nous apercevons, comme frappés de stupeur, que nous n’avons pas réussi à échapper au fil du temps.
Quelque chose comme la prise de conscience soudaine qu’il ne s’agit pas d’une période particulière de la vie mais de l’irruption de toutes les peurs accumulées. La vie n’est pas une question d’âge ; elle ne dépend pas du nombre d’années que nous réussissons à lui soutirer. Mais de nous déprendre de la vie que nous avons programmée afin d’avoir celle qui nous attend.
Ainsi que l’écrit dans la revue citée précédemment, Sœur Joan Chittister, religieuse bénédictine, auteur de plus de 35 ouvrages et co-présidente de la Global Peace Initiatives, organisation féminine des "bâtisseurs de paix", sponsorisée par les Etats-Unis, le critère le plus important pour bien vieillir est bien de mettre dans notre cœur le fait que cette évolution a un but. Le grand âge a une raison d’être, quel que soit notre état de vie, nos ressources sociales. Il y a un dessein tissé dans chaque étape de la vie et dans celles-ci, pas moins que dans les autres.
Si nous apprenons quelque chose à mesure que le temps passe et que les saisons changeantes se révèlent de plus en plus brèves, c’est bien qu’il y a dans nos existences des éléments qui ne peuvent être assurés, arrêtés. Il est plus que probable que nous irons vers notre tombe avec un bon nombre de soucis personnels et de préoccupations, de pages d’agenda laissées en suspens. Pour beaucoup d’évènements dont nous nous sentons encore responsables et non coupables, nous ne sommes pas en mesure aujourd’hui de les effacer ou de les défaire, même si nous souhaitons le faire. Nous ne pouvons pas réussir un mariage raté ! Par contre, nous pouvons effacer des années d’abandon, une vie d’indifférence, toute une histoire de négligence, de manque d’égards dont nous aurons fait preuve envers des personnes qui étaient en droit de compter sur notre sollicitude.
"Rien n’est plus dépourvu d’honneur que les vieux chargés d’année" écrivait Sénèque "qui ne peuvent prouver que par leur âge qu’ils ont vécus longtemps." Douleur presque insupportable fleurant autour des champs des soldats inconnus - je l’ai vécue à chaque 11 novembre - des corps non réclamés, dans les morgues des villes. Mais ce n’est pas seulement l’anonymat de la mort qui pèse ici si lourd, mais assurément le fait qu’une vie nous a quittés et que nous n’avons aucun moyen de savoir quel héritage elle a laissé.
Nous laisserons derrière nous, visible par tout le monde, le système de valeur qui aura marqué tout ce que nous avons réalisé. Des personnes qui ne nous auront jamais demandé directement ce qui faisait, pour nous, le prix de la vie, n’auront aucun doute sur ce qu’il en était.
Nous laisserons derrière nous, par le seul fait des positions que nous aurons prises sur la mort et la vie, sur leur sens et leur but, un modèle de relation aux autres et à Dieu. Si nous négligeons le développement de notre esprit en nous laissant submerger par l’aspect matériel, nous disposons maintenant du temps de penser ce que signifie le fait d’être plein de vie, de tout aimer de cette dernière, d’être empli de la Présence Divine.
Commentaires
1. Le lundi 1 mars 2010 à 11:08, par did
2. Le lundi 1 mars 2010 à 13:56, par judas
3. Le lundi 1 mars 2010 à 14:11, par POUR UN ETE TRES 2010 CALME !
4. Le lundi 1 mars 2010 à 14:22, par Le Moine
5. Le lundi 1 mars 2010 à 14:56, par Pour post 4
6. Le lundi 1 mars 2010 à 15:59, par POUR UN ETE 2010 TRES CALME !
7. Le mardi 2 mars 2010 à 02:45, par ou sont les maitre chien ??
8. Le mardi 2 mars 2010 à 10:32, par mick
9. Le mercredi 3 mars 2010 à 21:38, par Stade de France
10. Le mercredi 3 mars 2010 à 21:52, par MI TEMPS
11. Le jeudi 4 mars 2010 à 15:30, par Insécurité:une affaire d'état
12. Le jeudi 4 mars 2010 à 16:31, par SISM
13. Le jeudi 4 mars 2010 à 17:13, par CONDOLEANCES
14. Le vendredi 5 mars 2010 à 00:44, par reponse au post 11
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